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L’ascension et la chute de Nestlé : une histoire de fusions, de monopoles et de controverses

Nestlé n’est pas seulement une entreprise. C’est une machine alimentaire mondiale. Basé à Vevey, en Suisse, le géant multinational possède des usines réparties dans plus de 80 pays. Vous connaissez les produits. Lait concentré. Lait en poudre. Nourriture pour bébés. Chocolat. Café instantané. Des soupes. Assaisonnements. Dîners surgelés. Glace. Eau en bouteille. Elle fabrique même des produits pharmaceutiques.

Mais le chemin pour devenir la plus grande entreprise alimentaire mondiale n’a pas été pavé de bonnes intentions. Elle a été pavée de fusions, d’expansions agressives et de quelques scandales très médiatisés.

Les origines jumelles d’un géant

Pour comprendre Nestlé SA, il faut remonter à 1866. Cette année-là, deux entreprises suisses distinctes ont été fondées. Ils finiront par fusionner, mais pendant une décennie, ils furent des rivaux acharnés.

En août, Charles A. Page et George Page, frères américains, ont créé l’Anglo-Swiss Condensed Milk Company à Cham, en Suisse. Ils préparaient du lait concentré. Ça s’est bien conservé. Il s’est bien vendu.

Puis, en septembre, Henri Nestlé a lancé sa propre entreprise dans la ville voisine de Vevey. Il a développé un aliment pour bébé à base de lait. C’était à l’époque une avancée majeure dans le domaine de la nutrition infantile. Il l’a commercialisé de manière agressive. Lorsqu’il prend sa retraite en 1875, l’entreprise conserve son nom et devient Farine Lactée Henri Nestlé.

En 1877, Anglo-Swiss a ajouté des aliments pour bébés à sa gamme. L’année suivante, Nestlé a ajouté du lait concentré. Ils étaient désormais des concurrents directs. Tous deux se sont développés de manière agressive en Europe et aux États-Unis. Ils se sont battus pour avoir de l’espace sur les étagères. Ils se sont battus pour la domination.

La fusion de 1905 qui a tout changé

La rivalité prend fin en 1905. Les sociétés fusionnent pour former la Nestlé and Anglo-Swiss Condensed Milk Company. Ils ont gardé ce nom pendant plus de quatre décennies.

Le nom change à nouveau en 1947. Il ne s’agit pas seulement d’un changement de nom. Elle fait suite à l’acquisition de la Fabrique de Produits Maggi SA et de sa société holding, Alimentana SA de Kempttal, en Suisse. Maggi était un acteur majeur dans le domaine des préparations pour soupes et des produits alimentaires connexes. La nouvelle entité est devenue Nestlé Alimentana SA.

Le nom actuel, Nestlé SA, est resté en 1977. À cette époque, l’entreprise était déjà une bête diversifiée.

Diversification par acquisition

Dès le début du XXe siècle, Nestlé a cessé de compter uniquement sur le lait. Elle a commencé à acheter des droits, des marques et des sociétés entières. La stratégie était simple : si c’est populaire, achetez-le.

En 1904, elle achète les droits sur le chocolat. Cela a conduit à des produits sous les marques Peter, Kohler, Nestlé et Cailler.

En 1927, elle acquiert les droits auprès des fromagers Gerber & Company AG.

En 1937, elle invente le café instantané. Nescafé est arrivé sur le marché en 1938. Il a changé la façon dont le monde consommait de la caféine.

Les années 1960 voient l’acquisition de Crosse & Blackwell. Fondée en 1830, cette marque britannique a amené Nestlé en Grande-Bretagne, en Australie, en Afrique du Sud et aux États-Unis.

La division eau en bouteille n’est pas partie de zéro. Il a été construit grâce à l’achat de marques européennes comme Vittel (1987), Perrier (1992) et Sanpellegrino (1998).

Aux Etats-Unis, les acquisitions ont été massives. Libby, McNeill & Libby en 1970. The Stouffer Corporation en 1973. The Carnation Company en 1985. Carnation était à l’époque l’une des plus grandes entreprises alimentaires américaines.

Les mouvements plus récents montrent le même schéma. En 2002, le rachat de Ralston Purina a donné naissance à Nestlé Purina PetCare. Les activités américaines de glaces sont regroupées sous la marque Dreyer’s. Chef America, Inc., une entreprise de produits surgelés, a également été rachetée en 2002.

En 2007, Ovaltine a été ajoutée à la gamme.

En 2010, Nestlé s’est lancée sur le marché de la pizza surgelée. Elle a racheté l’activité pizzas surgelées de Kraft Foods aux États-Unis et au Canada. Le prix à payer ? 3,7 milliards de dollars.

Les boycotts et les réactions négatives

Une croissance comme celle-ci attire l’attention. Nestlé a fait l’objet de vives critiques concernant ses pratiques commerciales.

La controverse la plus célèbre a débuté en juillet 1977. Un boycott a éclaté aux États-Unis. Elle ciblait la publicité de Nestlé concernant les préparations pour nourrissons. L’entreprise commercialisait des préparations pour nourrissons comme alternative à l’allaitement maternel. Cette mesure a été particulièrement agressive dans les pays moins développés.

Les critiques ont soutenu que la publicité était contraire à l’éthique. Ils prétendaient que cela entraînait des problèmes de santé et des décès chez les nourrissons. L’Alliance mondiale pour l’allaitement maternel (WABA) et Save the Children ont mené la charge. Le boycott s’est étendu des États-Unis à l’Europe et au-delà.

D’autres problématiques sont apparues depuis. Le Forum international des droits du travail et des militants anti-travail des enfants ont pris pour cible Nestlé en raison de pratiques présumées de travail des enfants dans ses plantations de cacao en Côte d’Ivoire.

En 2013, Nestlé Canada a été confrontée à des problèmes juridiques. Deux anciens dirigeants, un concurrent et un distributeur ont été accusés de fixation des prix du chocolat. Les accusations font suite à une enquête de plusieurs années menée par le Bureau canadien de la concurrence.

Nestlé Canada a payé un règlement de 23 millions de dollars. D’autres producteurs de chocolat ont également payé.

Pourquoi c’est important pour votre argent

Vous ne pensez peut-être pas aux prix du chocolat lorsque vous établissez votre budget. Mais le comportement monopolistique affecte tout le monde. Lorsque les entreprises fusionnent, elles acquièrent un pouvoir de fixation des prix. Ce pouvoir se répercute sur votre facture d’épicerie.

L’accord de 3,7 milliards de dollars sur les pizzas surgelées en 2010 ne concernait pas seulement la pizza. Il s’agissait de consolidation du marché. Lorsque moins d’entreprises contrôlent une plus grande part du marché, la concurrence diminue. Les prix augmentent. La qualité reste souvent la même ou empire.

Le boycott des préparations pour nourrissons de 1977 n’était pas seulement une question morale. C’était un risque pour la réputation. La valeur de la marque compte. Une mauvaise réputation peut tuer les ventes plus rapidement qu’un mauvais produit.

Nestlé continue de croître. Il continue d’acquérir. Mais elle continue aussi de payer pour son passé. L’amende de 23 millions de dollars infligée en 2013 n’était qu’un des coûts. Le coût réel est plus difficile à mesurer. C’est la confiance.

Achetez-vous toujours des produits Nestlé parce qu’ils sont pratiques ? Ou les évitez-vous à cause de l’histoire ? Le choix vous appartient. Mais maintenant vous savez pourquoi ce choix existe.

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