Alors que les marchés de prédiction passent des centres de jeux de niche aux plateformes financières traditionnelles, un problème important est apparu : personne ne sait comment les taxer.
Alors que des plateformes comme Kalshi et Polymarket connaissent une augmentation massive du volume des transactions, l’Internal Revenue Service (IRS) n’a pas encore fourni d’indications claires sur la manière dont ces gains doivent être déclarés. Ce manque de clarté laisse des millions d’utilisateurs dans une position précaire, coincés entre des profits potentiels massifs et la menace imminente d’un audit.
Une zone grise réglementaire
Les marchés de prédiction occupent un espace unique et déroutant dans l’écosystème financier. Il ne s’agit pas uniquement de jeux de hasard, ni d’investissements traditionnels ; au lieu de cela, ils fonctionnent comme un hybride de contrats de paris, de produits dérivés et d’investissement.
Puisqu’il n’existe pas de manuel officiel de l’IRS, les contribuables sont obligés de « deviner » leurs méthodes de déclaration :
– Dérivés financiers : Certains traitent les contrats de la même manière que les contrats à terme ou les contrats de change.
– Gains de jeu : D’autres déclarent les gains comme revenus de jeu, ce qui nécessite une tenue de registres méticuleuse “par session”.
– Revenu général : Certains déclarent simplement les gains comme revenu standard et espèrent le meilleur.
“Vous avez un vide d’orientation”, estime Patrick Camuso, comptable spécialisé dans les actifs numériques. “Cela met le contribuable dans une mauvaise position.”
L’ampleur du problème
Ce n’est plus un problème mineur pour quelques amateurs. Les enjeux financiers sont immenses. Par exemple, Kalshi a déclaré un volume commercial mensuel de plus de 12 milliards de dollars rien qu’en mars dernier. Même si seul un faible pourcentage de la population utilise ces marchés, cela représente néanmoins des millions d’Américains soumis à d’importantes obligations de déclaration.
La complexité augmente considérablement pour les utilisateurs de Polymarket. Étant donné que la plate-forme est basée sur la cryptographie et fonctionne d’une manière qui la rend inaccessible à de nombreux résidents américains, elle ne délivre pas de documents fiscaux standard. Cela oblige les utilisateurs à auto-déclarer leurs revenus, un processus à la fois difficile et juridiquement risqué pour ceux qui utilisent des VPN pour contourner les restrictions régionales.
Pourquoi le risque augmente
L’incertitude est aggravée par deux tendances majeures dans le paysage fiscal américain :
- Sophistication accrue de l’audit : L’IRS fait actuellement l’objet d’un effort de modernisation massif. L’agence investit massivement dans des technologies de pointe, notamment un contrat de 1,8 million de dollars avec Palantir, pour créer des outils capables d’identifier plus efficacement les cibles d’audit « de grande valeur » au sein d’ensembles de données complexes.
- Frictions réglementaires : Les marchés de prédiction sont actuellement confrontés à un examen juridique intense. Des interdictions au niveau des États (comme au Nevada) aux accusations criminelles en Arizona, la légalité même de certains contrats est contestée devant les tribunaux.
Résumé
L’explosion des marchés prédictifs a dépassé l’évolution du droit fiscal, obligeant les traders à naviguer dans un réseau complexe de règles ambiguës. À mesure que l’IRS adopte des outils d’audit plus sophistiqués, le manque de directives claires crée un environnement aux enjeux élevés dans lequel même les traders les mieux intentionnés pourraient faire face à des conséquences juridiques et financières importantes.
